La nouvelle saison de la section continue. Ce vendredi, la psychologue prend la parole dans Maternity Continuum. Aujourd’hui, elle répond à la question de Vanessa Burguillo, qui se présente ainsi : Je suis Vanesa Burguillo, psychologue et ergothérapeute, engagée auprès des enfants et du handicap. Mon parcours m’a menée à des postes de monitrice, coordinatrice, coach, conseillère en emploi et enseignante au PCPI. J’ai également créé l’École de Loisirs ZAPE où je dirige et forme les futurs animateurs. Maman de deux petites filles, l’une de trois ans et huit mois,, et marquée par l’expérience de trois enfants partis trop tôt, ma maternité a bouleversé mes convictions. Aujourd’hui, j’accompagne les parents sur des chemins de parentalité plus respectueux, et je poursuis une formation pour devenir conseillère en portage « De Monitos y Risas ».
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Consultation
Bonjour Pilar, avant tout merci pour vos partages. Cette fois, j’ai besoin de conseils pour amener mon bébé de 16 mois à coopérer davantage. Il traverse une phase très affirmée, avec de fréquentes colères. L’entourage me pousse à être plus dure, certains me recommandent même la violence physique, ce que je refuse. Mais j’aimerais qu’il comprenne qu’il existe des limites, qu’il y a des choses à ne pas faire. Je me sens dépassée, j’espère que vous pourrez m’orienter, merci.
Réponse
Merci pour cette question, qui touche à un sujet qui fait souvent débat et met sous pression beaucoup de parents. Trouver sa place face à la colère d’un tout-petit, sous le regard scrutateur de la famille ou des amis, n’a rien d’une promenade. Pourtant, vous avez déjà tracé une ligne claire : pas de violence, pas de coups. C’est loin d’être anodin.
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Première étape : s’interroger sur le sens donné à « obéir ». L’obéissance, si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire, ramène à l’idée d’exécuter sans discuter la volonté d’une autorité. À long terme, cela formate un enfant à dire « oui » sans réfléchir, même si l’ordre lui paraît absurde ou injuste. Est-ce vraiment ce que l’on souhaite ? Plus que l’obéissance, il s’agit d’amener votre bébé à respecter les règles de la maison, celles qui garantissent la sécurité et le bien-vivre ensemble.
Des limites, il en faut. Pas pour le plaisir de brider, mais pour offrir un cadre rassurant. Encore faut-il qu’elles soient peu nombreuses, adaptées à l’âge et exprimées sans ambiguïté.
Avant même de parler de règles, il faut comprendre ce qui se joue derrière les colères. Ce qui ressemble à de la défiance est souvent une étape normale du développement : l’affirmation de soi. À 16 mois, un enfant commence à se voir comme une personne distincte de ses parents, il teste, il dit non. Les crises ne sont pas des manœuvres de manipulation, mais une façon d’exprimer ses émotions, de gérer la frustration. Elles diminuent souvent quand le langage se développe et que l’enfant peut nommer ce qui le traverse.
Face à ces tempêtes, l’idée n’est pas de réprimer, mais d’accompagner. On peut agir en amont pour limiter les situations à risque. Par exemple : si passer devant une boutique de jouets déclenche systématiquement des larmes, changer d’itinéraire évite bien des bras de fer. Il arrive aussi que la règle fixée ne soit tout simplement pas adaptée à l’âge : attendre d’un tout-petit qu’il range parfaitement ses affaires ou qu’il termine systématiquement son assiette, c’est risquer la crise. Parfois, il faut questionner nos propres automatismes éducatifs, ce fameux « on ne saute pas sur le lit », surtout si le réel danger est absent.
Pour limiter les tensions, il est utile d’organiser l’environnement. En retirant de la vue ce qui est interdit (vase fragile, bonbons, objets dangereux), on évite les rappels incessants et les frustrations inutiles.
Prévenir ce qui va arriver aide aussi beaucoup : prévenir l’enfant « dans cinq minutes, on part du parc, il va falloir dire au revoir » prépare la transition et limite la frustration, bien plus qu’un ordre tombé d’un coup.
- Réduire les tentations en adaptant l’environnement
- Anticiper les transitions et préparer l’enfant
- Revoir régulièrement les règles pour s’assurer qu’elles sont adaptées à l’âge
- Accompagner l’émotion plutôt que la réprimer
Voici quelques stratégies concrètes pour faire face à ces situations :
Quand la colère éclate malgré tout, il ne s’agit pas de détourner le regard ni de faire taire à tout prix. Rester présent, nommer les émotions (« tu es fâché, tu aurais aimé continuer à jouer ») et montrer que l’on comprend le ressenti de l’enfant, c’est lui transmettre qu’il a le droit d’exprimer ce qu’il ressent, sans être jugé ni puni.
Dans certains cas, proposer des alternatives ou transformer la situation avec un brin d’imagination fonctionne bien. Parfois, une histoire inventée, un personnage qui partage la frustration de l’enfant, peut désamorcer une crise. Il y a aussi des limites sur lesquelles on peut fléchir sans perdre son cap de parent : céder sur un détail, ce n’est pas « gâter » son enfant, c’est reconnaître que la rigidité n’a pas toujours sa place. D’autres fois, il n’y aura pas d’issue : il faudra simplement accompagner la frustration, attendre que la vague passe, rester un repère stable.
Rester fidèle à ses convictions, c’est parfois nager à contre-courant, surtout face à celles et ceux qui vantent la sévérité ou la violence comme solution miracle. Pourtant, les graines que l’on sème aujourd’hui, dans l’écoute et le respect, forgent le terreau d’une relation solide et confiante avec son enfant.
À la fin de la journée, l’essentiel n’est ni dans l’obéissance aveugle, ni dans la main de fer. Il se trouve dans ce lien tissé au fil des tempêtes et des rires, dans cette capacité à accueillir l’autre tel qu’il est, aujourd’hui et demain. Qui sait ce que deviendra ce tout-petit, dont la force de caractère s’affirme déjà sans compromis ?

